26 septembre 2008

Intervention de Benoît Hamon lors du dépôt de la motion

Hamon__Sipa_(Photo Sipa)

Mes chers camarades, c’est avec à la fois beaucoup de fierté et d’émotion que devant ce Conseil national je vais vous présenter les orientations de la motion dont je serai le premier signataire et qui regroupera sept contributions. La contribution Reconquête, signée par Henri Emmanuelli et moi-même, la contribution Changer de Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quillés, la contribution Réinventer la gauche de Jean-Luc Mélenchon, la contribution Urgence sociale de Pierre Larrouturou, la contribution Et si le PS restait socialiste ? de Jacques Fleury, la contribution D’abord distribuer les richesses de Gérard Filoche, et enfin la contribution Debout la gauche de Marc Dolez.

Dans quel contexte et dans quel moment se déroule ce congrès ? Nous vivons un véritable renversement de cycles caractérisé, comme beaucoup de nos motions le diront, par quatre crises majeures qui convergent toutes pour démontrer la faillite du système libéral à anticiper les crises comme à les résoudre aujourd’hui.
Crise énergétique, crise climatique et environnementale, crise alimentaire, et enfin crise économique et financière, qui conduisent tous les responsables publiques et politiques à convoquer des solutions qui nous sont familières, mais dont beaucoup pensaient jusqu’à il y a peu qu’elles n’étaient plus efficaces : redistribution, régulation, transparence des marchés financiers, restriction au libre échange. Il n’y a qu’à voir la réaction des marchés devant l’initiative du trésor américain pour considérer la faillite de ce système. En dépit de l’injection massive de ces dollars aujourd’hui -700 milliards-, hésite à rebondir puisqu’aujourd’hui ce sont près de 2 000 milliards de titres toxiques qui sont détenus par les banques américaines.
Cette crise financière illustre notamment ce qu’est l’apathie de l’Union européenne. Au moment même où les États-Unis d’Amérique réagissent par un grand plan d’injection de fonds publics, qui peut nous interroger d’ailleurs sur cette maxime selon laquelle on privatise les profits et on socialise abondamment les pertes, mais à ce moment même où les États-Unis tentent une réaction sur le plan économique, M. Trichet continue à penser qu’il faut maintenir des taux élevés et restreindre les crédits, M. Almunia pense qu’il faut avoir une application stricte du pacte de stabilité de croissance, et notamment des déficits publics, et interdire ainsi toute politique de relance budgétaire. Face à cela, nous nous retrouvons devant ce contraste saisissant où la Banque centrale européenne injecte 100 milliards d’euros dans l’économie mais se refuse, avec les autres institutions européennes, à ce qu’on lance un plan d’investissement européen de 50 milliards d’euros pour soutenir les infrastructures, la recherche et le développement.

Cette crise financière illustre non seulement l’incapacité des institutions européennes à réagir face à la faillite du système libéral, mais par contraste, elles suscitent des réactions particulièrement instructives dans le débat politique.
Par exemple, je trouve assez cocasse de lire M. Peyrelevade dans cette période, chef économiste du MoDem, numéro 2 du MoDem nous dit-on, et qui dans un récent ouvrage, au moment même où nous faisons face à cette crise, proposait tout simplement, pour rétablir la compétitivité de l’économie européenne et de l’économie française, de transférer pas moins de 5 points du PIB des ménages vers les entreprises.
Voilà la situation dans laquelle nous sommes. Nous vivons véritablement un renversement de cycle au moment même où nous n’avons jamais connu une politique aussi dure à l’égard des classes populaires et des classes moyennes. Mais je nous invite à prendre très au sérieux ce que fait Nicolas Sarkozy. Nous nous comportons à l’égard de Nicolas Sarkozy comme un néophyte aux échecs qui réagit au coup par coup quand s’inscrit dans la cohérence et la durée, et, quand on réagit au coup par coup dans une partie d’échecs, on est mat dès le début de la partie.

Mes chers camarades, la politique de Nicolas Sarkozy fait système tant sur sa conception du contrat laïque et du rôle des religions que sur sa doctrine en matière de politique étrangère alignée sur les théories néo-conservatrices américaines ; que sur ses convictions en matière de politique sociale ou ses convictions en matière de politique économique. Mes chers camarades, Sénèque disait : « Il n’est pas de bon vent pour le marin qui ne sait où il va. » C’est la situation du Parti socialiste et j’ajouterai : « Quel que soit l’état du navire et quelles que soient les compétences du capitaine. »
Notre parti a besoin de clarifier son orientation d’abord, et notamment son rapport au libre-échange. Il est quand même invraisemblable aujourd’hui que sur cette question du libre-échange le patron de l’OMC que nous avons connu en son temps, y compris dans ce type d’enceinte, déclare que toute politique protectionniste a une forme d’inspiration xénophobe ou nationaliste publiquement au moment où celui dont nous empressons de rejoindre les comités de soutien sur Internet, M. Barack Obama dit que là où les intérêts des travailleurs américains sont en cause, là où les capacités des États-Unis à protéger leur environnement sont en cause, il faut poser des restrictions au libre-échange. Et bien le libre patron de l’OMC peut aller dire au candidat démocrate américain que son inspiration est xénophobe et nationaliste. Oui, nous disons qu’à travers les instruments que nous donnent les traités européens, qu’à travers les politiques commerciales de l’Union européenne, il faudra poser les conditions dans lesquelles demain nous commerçons. Ouvrons les marchés quand c’est nécessité, mais protégeons aussi les capacités industrielles de l’Union européenne, les capacités industrielles de la France et aussi des intérêts des travailleurs français et européens.

Nous devons également clarifier notre position et notre relation à la construction européenne. Tant que l’élargissement restera la seule raison d’être du projet européen, nous ne parviendrons pas à réconcilier les citoyens européens avec la construction européenne. Aujourd’hui, nous devons subir une série de directives. Pensez donc, nous discutons de la mise en concurrence de l’offre de soins dans l’Union européenne. Pensez donc, aujourd’hui, nous faisons de l’élargissement le but en soi de la construction européenne. Nous avons acté un accord au niveau du Conseil qui prévoit une augmentation de la durée maximale de travail de 48 heures à 60 heures.
Voilà l’actualité de l’agenda européen. Eh bien, mes chers camarades, si nous ne disons pas qu’à travers une avant-garde de pays volontaires nous voulons remettre la question des politiques industrielles, des politiques énergétiques, la question de l’harmonisation fiscale et de la convergence sociale au cœur du projet européen, nous ne parviendrons pas à réconcilier les classes populaires et les Français, et même les citoyens européens, avec la construction européenne.

Nous voulons clarifier également notre relation à la puissance publique là encore jugée obsolète par beaucoup il y a quelques mois. Nous voulons remettre au cœur de nos discussions le rôle des services publics, la question des politiques d’investissement public, tout comme la nécessité de préserver nos grands services publics en réseau, je pense à la Poste évidemment, je pense aussi à l’hôpital public. Sur ces questions-là, nous devons avoir un discours fort pour dire que l’État ne peut pas rester en retrait des politiques économiques, il a besoin d’anticiper, il a besoin d’être un stratège et il ne peut pas être là juste pour poser quelques pansements.
Enfin, ce que nous voulons clarifier, c’est notre relation à la répartition capital/travail. Le rôle de la gauche ne peut pas être seulement d’acquiescer aux mesures du gouvernement quand il met en place un revenu de complément pour les travailleurs les plus pauvres. La logique qui aujourd’hui consiste à répondre aux difficultés de pouvoir d’achat des ménages en refusant d’augmenter les salaires, mais en créant des revenus de complément ou par l’argent de la Sécurité sociale, ou par l’argent du contribuable, n’est pas saine. Nous, nous disons que c’est aujourd’hui au cœur de l’entreprise que se situe le lieu où doit se négocier une nouvelle répartition capital/travail et donc l’augmentation des salaires.

Mes chers camarades, nous sommes donc candidats à clarifier l’orientation du Parti socialiste parce que nous jugeons que la situation est grave et que c’est à ce congrès, et à nul autre moment, que se jouent les conditions de la victoire tant en termes d’orientation que de stratégie d’alliance.
Quelle sera la situation dont nous hériterons en 2012 ? Des hommes et des femmes plus bousculés que jamais par la violence d’une société plus dure demain qu’elle ne l’est aujourd’hui. Une société plus brutale, plus inégalitaire, plus injuste, une société dans laquelle le déclassement se sera enraciné, dans laquelle la ghettoïsation se sera enracinée, dans laquelle nous savons que les phénomènes de reproduction sociale seront encore plus grands demain qu’ils ne le sont aujourd’hui. Voilà la société dont, hélas, nous hériterons en raison des politiques mises en œuvre par Nicolas Sarkozy et des choix politiques qui sont faits au niveau européen.
Et simultanément, si nous revenons au pouvoir, nous savons que les instruments que nous avons l’habitude de convoquer, la puissance publique, qu’elle soit locale, nationale ou continentale, la Sécurité sociale, l’ensemble des mécanismes de solidarité seront dégradés en raison des choix politiques de Nicolas Sarkozy et de sa volonté délibérée de les mettre en faillite.

Nous aurons devant nous une situation plus dure et des instruments plus faibles. Eh bien, vis-à-vis d’une situation comme celle-là, nous entrons dans le congrès avec gravité et responsabilité. C’est pour cela qu’à ce stade, si nous déposons une motion, nous disons aussi que nous sommes candidats à la construction d’une nouvelle majorité, d’un nouveau centre de gravité du Parti socialiste qui prenne la mesure de ce renversement de cycles, qui prenne la mesure de ce souffle nouveau, qui prenne la mesure de ces choix indispensables que nous devons réaliser en direction des classes populaires et des classes moyennes. Nous sommes candidats à la construction d’une majorité, à ce titre et en cohérence avec notre démarche, j’ai l’honneur d’être candidat au poste de premier secrétaire de notre parti.

Mes chers camarades, Jaurès disait que le socialisme est la jeunesse du monde. Ce que nous souhaitons pour notre parti, c’est qu’il ait à nouveau un temps d’avance, un monde d’avance, que notre parti ne subisse plus les faits comme une fatalité, que notre parti ne subisse plus l’adversaire et son agenda, que notre parti ne subisse plus le temps comme la marque inexorable de l’érosion de nos valeurs, qu’il ne subisse plus non plus l’air du temps et la tyrannie des médias et de l’opinion.
Voilà ce que nous voulons, retrouver un temps d’avance pour retrouver un monde d’avance. C’est à cela que nous contribuerons à l’occasion de ce congrès. Merci.

Posté par francarbo à 07:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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